le déluge comme si vous y étiez
Dernier bouquin du pack du 6 février (pas trop tôt) après le Sorrentino. Bonne pioche !Exactement le genre de livre que j'aime. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai une prédilection pour les histoires qui revisitent les mythes liés à la religion chrétienne (une vieille nostalgie des années-caté ?). J'ai adoré L'Evangile selon Jésus-Christ de Saramago, entre autres.
Ici c'est l'épisode du déluge qui fait les frais de l'imagination débridée de l'auteur. Je ne vous fais pas l'affront de raconter l'histoire de l'arche de Noé...
Mais il faut quand même savoir que les choses ne se sont pas du tout passées comme on le croit depuis des siècles.
Comme si on allait croire que tous les animaux s'étaient embarqués par couples à bord de l'arche sans heurts, que la famille de Noé était d'accord, qu'il n'y avait eu ni conflits ni tensions ni problèmes...
Timothy Findley remet les pendules à l'heure avec humour et férocité. Commençons par la famille Noyes (le nom de famille de Noé). Le patriarche, plus de 700 ans au compteur, est un vieillard despotique et fanatique, un salaud plus plus plus. Son épouse, à peine plus jeune que lui, alcoolique, ne se sépare jamais de sa chatte et confidente Mottyl ; sympathique, elle est autant pétrie de doutes que son mari de certitudes, et elle contribue à mettre un peu d'humanité et de réconfort dans ce gigantesque capharnaüm. Les trois fils sont de caractère très différents : Sem, l'aîné, surnommé le Boeuf, est dur à la peine mais un peu bas du front ; Cham observe et s'interroge, c'est le scientifique de la bande, et ses activités ne collent pas vraiment avec la religion paternelle ; Japhet, le petit dernier, encore adolescent, pleure beaucoup sur son sort, sur les injustices de la vie, et cherche une voie, de préférence héroïque. A tout ce petit monde s'ajoutent les belles-filles : Hannah, aussi discrète qu'ambitieuse ; Lucy, ange déchu (vous avez compris Lucifer), inquiétante et attachante à la fois ; Emma, enfant malmenée et têtue. Autant de caractères et d'intérêts différents vont devoir cohabiter dans les quelques dizaines de mètres carrés de l'arche. Autant dire que l'ambiance va être électrique. Enfin, n'oublions pas la chatte Mottyl, personnage à part entière, à la psychologie aussi complexe que celle de ses maîtres. Et quelques petites curiosités d'avant le déluge : démons et licornes, animaux et humains qui conversent comme si de rien n'était, moutons qui chantent des cantiques...
A travers cette exubérance, la religion en prend pour son grade. Sous des apparences de conte un peu loufoque et de joyeux bazar, ce livre explore la question de la foi, du fanatisme, décortique les mécanismes qui mènent de l'une, inoffensive, à l'autre, destructeur. Il est aussi question de la place des femmes dans la famille et la société, de la complexité des parcours individuels, de la solidarité, de la difficulté de l'exil et du recommencement, du bien et du mal.
Je recommande le passage de la visite de Yahvé, au début, dont le portrait est aux petits oignons.
Et au fait, vous ne le saviez peut-être pas ? Il semblerait bien que Dieu soit mort...
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