un pensum de vacances

Publié le par Christelle

Les livres se suivent et ne se ressemblent pas.

Pour lire sur la plage ces derniers jours où le temps fut estival, consciencieusement ointe de crème solaire et vêtue seulement, telle une naïade (une naïade qui aurait un peu forcé sur le chocolat cet hiver...), de mon petit maillot deux pièces de l'année dernière, pour lire sur la plage, donc, mon anonymat étant tout de même préservé - ainsi que mes petits yeux fragiles - derrière une paire de lunettes noires de format moyen, j'avais emporté un bouquin pas du tout de circonstance, jugez plutôt.

C'est pas ma faute, m'dame, j'ai un cerveau plutôt primaire, et un peu comme les petits insectes butineurs je suis attirée par les couleurs vives. Ce bleu électrique m'a sauté aux yeux dans les rayonnages de ma médiathèque favorite.

J'ai donc ouvert ce livre dans les conditions décrites au début de cet article. Pour ceux qui seraient un peu surpris par un tel choix, je répondrai que 1) je lis ce que je veux où je veux 2) j'ai une sorte de passion pour les récits évoquant la Première guerre mondiale.

Mais celui-ci n'a pas tardé à me tomber des mains, et pas seulement parce que les vagues de l'océan m'appelaient de leur murmure enjôleur. D'abord j'ai lu à la page 12 : "Le soleil se couchait à l'ouest." Et puis deux phrases plus loin : "Bientôt il ferait nuit noire et nous serions plongés dans l'obscurité la plus totale." Je vous jure que je n'invente rien. J'ai préféré faire la sieste, le corps agréablement caressé par une brise quasi estivale.

J'ai quand même fini par m'y remettre et je l'ai lu jusqu'au bout (ça m'a pris quatre jours !). Pour être sûre. Des fois on a de bonnes surprises après un début bien laborieux. Soyons francs : ça n' a pas réellement été le cas. Des lieux communs mis bout à bout, peu d'émotions, la guerre racontée comme dans un manuel d'histoire (on sent que l'auteur s'est documenté et c'est pire que tout), pas d'épaisseur chez le personnage principal dont le nom, Victorien Mars, annonce déjà les gros sabots dont s'est chaussé l'auteur pour écrire ce récit. Ce livre est censé explorer l'âme humaine jetée dans l'horreur et montrer comment certains peuvent tirer jouissance de la souffrance et de la mort des autres, en toute impunité, puisque c'est la barbarie qui fait office de loi pour tous. Mais j'ai surtout eu l'impression de lire un exercice d'écolier, non dépourvu de bonne volonté, mais bien terne au final. Sans compter quelques anachronismes douloureux comme une salle d'hôpital éclairée au néon en 1918 (pour ceux qui trouvent que je chipote, sachez que le néon était inventé, mais pas opérationnel à cette époque ; il n'a été utilisé pour l'éclairage collectif qu'à partir des années 30. Non mais.)

De Maxence Fermine oublions ces malheureux Carnets de guerre de Victorien Mars (qui n'en sont pas au demeurant) et lisons plutôt L'Apiculteur, très bon roman, solaire, poétique, onirique, qui conte le parcours d'un jeune homme à la fin du XIXe siècle, un doux rêveur qui veut trouver "l'or de la vie". On y croise le temps d'un clin d'oeil Van Gogh et Rimbaud et l'on y apprend qu'il faut parfois savoir se perdre pour mieux se trouver. Ca se lit vite, les chapitres sont courts, comme de petites touches de couleurs, et l'on garde comme une éclaboussure de lumière au coeur quand on le referme. Une goutte de miel doré au bord des lèvres.

Sur la Première guerre mondiale, dans la vague de récits écrits par des auteurs français ces dernières années (il y a eu comme une mode...), lisez plutôt Cris de Laurent Gaudé (2001), La Chambre des officiers de Marc Dugain (1998) ou Les Ames grises de Philippe Claudel (2003).

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Publié dans des livres et nous

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