"dire merde à la fatalité"

Publié le par Christelle

Il y a deux façons de "dire merde à la fatalité" quand on est Arabe dans le bourbier israélo-palestinien : la mort et la vie.

Amine Jaafari a choisi le parti de la vie : il a lutté pour devenir chirurgien à Tel-Aviv. Lutté plus fort que tous les autres pour être simplement accepté. Naturalisé Israélien, il a aujourd'hui une belle maison, des amis en vue, de l'argent et une épouse qu'il adore. Il est intégré et heureux.

Jusqu'au jour où un attentat-suicide secoue un fast-food non loin de l'hôpital où il exerce, tuant plus d'une dizaine d'enfants. Animé d'un sentiment d'urgence encore plus fort que d'habitude, il opère et sauve des vies jusque tard dans la nuit. Et puis, alors qu'une fois rentré chez lui il s'endort à peine, on le rappelle pour venir reconnaître le corps de la kamikaze : il s'agit de sa propre femme.

Entre la descente aux enfers individuelle de celui qui a perdu ce qu'il avait de plus cher au monde et l'aberration collective de ce conflit séculaire qui broie aveuglément des vies, ce roman ne manque pas de profondeur. Jusqu'au bout Amine ne pourra accepter l'idée qu'on puisse choisir de mourir et faire mourir pour que les autres soient, un jour peut-être, heureux et libres. Même lorsqu'à force d'obstination, obnubilé par le besoin de comprendre,  il finit par rencontrer des chefs dévolus à la "Cause", même lorsqu'il plonge au coeur du conflit dans lequel il ne s'était jamais engagé auparavant, ni physiquement ni intellectuellement, et qu'il a sous les yeux la souffrance de tout un peuple, même quand l'horreur rattrape sa propre famille.

J'ai aimé cette force et cette obstination. J'ai aimé aussi le pathétique du personnage qui finalement perd de vue toutes ces grandes questions pour n'en retenir qu'une seule, petite, mesquine, mais si douloureuse (et tellement masculine...) : "Est-ce que ma femme me trompait ?" Ou comment l'amour-propre est toujours le plus grand blessé. Enfermé dans sa bulle de confort et de bonheur il n'a rien vu venir, il a été aveugle et il s'en veut. Il n'a pas su se rendre compte que son épouse n'était pas à l'unisson. Ce qu'il avait construit pour lui, il était convaincu que cela valait aussi pour elle, incapable de la dissocier de lui-même, de la voir comme un être à part entière finalement.

J'ai aimé enfin la façon dont sont évoqués les différents aspects de la situation inextricable qui règne au Proche Orient. Sans parti pris. En tout cas il me semble.

Juste un bémol : le texte est truffé de coquilles et de fautes diverses (orthographe, syntaxe), ce qui est extrêmement désagréable ; j'ai lu le livre chez Pocket, je ne sais pas s'il en est de même dans l'éditon originale chez Julliard.

Et merci à celles (Delphine, Clotilde) qui avaient lu L'Attentat et m'ont donné l'envie de le lire à mon tour.

Et j'allais oublier : L'Attentat appartient à une trilogie consacré au "dialogue de sourds qui oppose l'Orient et l'Occident" (dixit présentation éditeur) ; les deux autres volumes sont Les Hirondelles de Kaboul et Les Sirènes de Bagdad.

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