N'est pas Lewis Carroll qui veut
C'est un best seller. On n'hésite pas à comparer cette histoire avec Alice au pays des merveilles ; on élève Neil Gaiman au rang de "maître incontesté de la nouvelle vague fantastique" (voir 4e de couverture de l'édition française). Rien que ça.Je ne voudrais pas jouer les rabat-joie, mais ça fait deux fois que je le lis (par obligation professionnelle) et je reste pour le moins dubitative.
Certes, je ne connais pas les autres oeuvres de Gaiman, je ne peux donc pas juger si oui ou non il est le "maître incontesté de etc.".
Je peux juste dire que Coraline, c'est léger léger. Voici le point de départ : une petite fille s'ennuie dans son appartement. Ses parents, physiquement présents, passent leur temps sur l'ordinateur et ne font pas attention à elle. Les voisins sont de vieilles gens bizarres qui s'obstinent à lui raconter leur vie et sont incapable de prononcer son prénom correctement. Un jour elle découvre derrière une porte habituellement condamnée un couloir (évidemment sombre et froid) qui la mène à un appartement identique au sien, où elle rencontre ses "autres parents", identiques aux siens à ce détail près que leurs yeux ont été remplacés par des boutons. Au début, elle est plutôt contente, car ses autres parents s'occupent d'elle et lui promettent monts et merveilles. Mais quand son autre mère décide de la garder auprès d'elle pour toujours, elle n'est plus d'accord. Elle devra rassembler tout son courage et toute son intelligence pour se tirer des griffes de cette créature.
Tous les ingrédients sont présents pour faire une grande oeuvre, une sorte de néo-Alice au pays des merveilles, c'est sûr. Mais tout est à l'état embryonnaire... juste effleuré, à peine traité. La thématique du double, très bien, on peut en tirer une belle substance, mais là, rien. La relation parents-enfants, avec la symbolique de l'abandon ou de la surprotection, encore une excellente idée qui méritait d'être creusée. Et la psychologie des personnages : moi j'aurais aimé savoir davantage ce que Coraline pense de tout ça. J'ai trop souvent eu l'impression qu'elle traversait ces épreuves en toute tranquillité, comme des événements à peine surprenants. Deux ou trois fois quand même l'auteur consent à préciser qu'elle a peur. Peut-être a-t-il voulu montrer que justement les jeunes enfants ne cloisonnent pas les univers comme nous le faisons, que l'intrusion du fantastique dans leur quotidien est naturelle, qu'ils mélangent volontiers réel et imaginaire ; sans doute même, mais encore une fois cela me semble à peine suggéré, comme si l'auteur n'avait pas eu conscience de la richesse de son propre propos. Quelques indices donnent à penser que Coraline plonge peut-être en fait à l'intérieur d'elle-même, de ses angoisses, de ses désirs, mais là encore je me demande si ce n'est pas une extrapolation de ma part, une tentative capillotractée pour trouver un autre niveau de lecture. Et puis j'ai horreur des descriptions où les phrases commencent par "Il y avait aussi...". Non mais.
Du coup j'ai lu Coraline comme un conte pour enfant gentillet, extrêmement simple et peu original. Comme un saupoudrage : un peu d'Alice par ci, un peu de l'univers de Tim Burton par là (les boutons entre autres), et puis rien pour faire prendre la sauce. Dommage.
Une adaptation cinématographique a été tournée ; le film doit sortir le 10 juin de cette année. Je crois qu'il s'agit d'un film d'animation. Peut-être aura-t-il plus d'épaisseur que le livre...
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