Et la lumière fut
Je viens de le finir. Je l'ai lu d'un souffle ou quasiment... Wouch !! Je sais, c'est un peu léger comme critique, mais c'est ce qui résume le mieux ma pensée là tout de suite.
Une "épidémie" de cécité aussi subite qu'inattendue frappe tour à tour, en quelques jours, tous les habitants d'une grande ville (et même tout un pays, même si le récit, lui, garde pour cadre ladite grande ville). Les premiers aveugles sont mis en quarantaine dans un asile psychiatrique désaffecté. Parmi eux, le tout premier aveugle et sa femme, une jeune prostituée qui porte des lunettes teintées, un garçonnet, un vieillard borgne, un médecin ophtalmologue et son épouse qui pour des raisons mystérieuses ne deviendra jamais aveugle, mais qui a fait croire qu'elle l'était pour ne pas être séparée de son mari. C'est ce groupe-là que nous suivrons tout au long du récit. Bientôt, j'ai envie de dire inévitablement (c'est ça qui est terrible avec ce bouquin, c'est qu'on sait dès le départ que cette situation ne peut que conduire à l'horreur), les conditions de vie dans cette prison deviennent insupportables. A cause des soldats qui guettent dehors et tirent à vue, à cause du manque de nourriture et d'hygiène, bien sûr, mais aussi et surtout à cause de la peur, de la lâcheté, et de cette coutume qu'ont les hommes dans n'importe quelle situation de chercher à profiter de leur voisin et de grapiller ne serait-ce qu'une parcelle de pouvoir. Quand finalement au bout de pas mal d'horreurs les "prisonniers" se rendent compte que plus personne ne les empêche de sortir (tout le monde : les soldats, le gouvernement... est désormais aveugle), c'est un nouvel enfer qui commence dans la ville où des groupes qui n'ont plus grand'chose d'humain errent à la recherche d'un peu d'eau et de nourriture. Le lecteur voit tout cela par les yeux de la femme du médecin et rien ne lui est épargné. Qui sera capable de garder une parcelle de dignité, d'humanité dans ce désastre ? Est-ce même encore possible ?
On pense évidemment à beaucoup de choses en lisant ce bouquin, d'une force et d'une violence incroyables (l'écriture très particulière de Saramago, avec l'absence de ponctuation expressive et la "non mise en page" des dialogues, les commentaires parfois décalés d'un narrateur au statut assez flou, y est bien sûr pour une part). Mon but n'est pas d'en profiter pour faire un cours d'histoire ou de morale. Lisez-le, c'est tout, vous en sortirez secoués, mais peut-être différents. Après tout, c'est ce qu'on attend d'un vrai bon livre, non ?
Saramago a écrit une sorte de suite à L'Aveuglement ; ça s'appelle La Lucidité et ça raconte le jour où presque tous les habitants de cette même ville ont voté blanc aux élections. Il se trouve que je l'ai lu avant L'Aveuglement, attirée par le titre. Je l'ai trouvé moins bien, plus laborieux, moins puissant, même si les nombreux dialogues entre les tenants du pouvoir et leurs sous-fifres sont souvent savoureux.