l'âme nègre
J'avais dit que je vous parlerais de poésie...
Allons-y pour Black Label, de Léon-Gontran Damas, publié en 1956. Je n'ai pas vraiment hésité pour savoir quel recueil j'allais vous faire partager, car celui-ci tient une place de choix dans ma vie et mon souvenir.
J'ai découvert les mots de Léon-Gontran Damas, poète guyanais de la négritude dans la veine d'un Césaire, en des temps reculés, lors d'une parenthèse tropicale. Un soir je suis allée voir un spectacle de danse contemporaine dans un beau théâtre tout neuf et j'en suis ressortie transformée. Il n'y avait pas eu de musique, juste les mots de ce très long poème, Black Label, tantôt parlés, tantôts scandés, tantôt chantés, pour accompagner les évolutions des danseurs sur la scène. Et c'était beau à couper le souffle. Des corps, une voix, des mots : la magie. Le sens des vers de Damas, leur violence contribuaient bien sûr pour une large part à décupler l'émotion.
En quittant le théâtre je n'avais qu'une idée en tête : trouver ce poème. En librairie on m'a dit qu'il était épuisé. J'ai cherché sur Internet, mais je vous l'ai dit, cette histoire se passe en des temps reculés et Internet ne disait pas encore grand-chose. A peine ai-je trouvé quelques pages sur l'auteur. Point d'Amazon, point de Fnac.fr, rien que ma tristesse et ma frustration.
Ce n'est que plusieurs années après, de retour sous des cieux tempérés, alors que j'avais gardé dans un coin de ma tête ce formidable souvenir, que j'ai pu mettre la main sur le livre. Il venait d'être réédité. C'est un de mes biens les plus précieux. Je l'ouvre de temps en temps au hasard et en lis quelques pages. Je retrouve la chaleur, la fierté, la douleur, l'amour et la violence de "là-bas".
Allez, juste un petit extrait :
SONNE ET SONNE
sonne à mon coeur mariné dans l'alcool
dont nul n'a voulu tâter à table hier
Sonne et Sonne
minuit de clair de lune à trois
dont l'image est à jamais en UNE
FEMME entrevue en l'Ile aux mille et une fleurs
assise au pied des mornes verts
et filaos échevelés